octobre 06

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Guy Bourdin, a provocative genius.

Lorsque l’on parle photographe de mode, des noms sortent instinctivement comme celui de Man Ray et l’on pense tout de suite aux deux photographies «Le violon d’Ingres», 1924 ou encore «Noire et Blanche», toute deux représentant Kiki de Montparnasse, muse et compagne de Man Ray. Le photographe va plus loin et fait de la provocation en mettant en parallèle deux formes de beautés aux antipodes à une époque encore très conservatrice. Néanmoins dans son ombre, un autre photographe de talent mérite d’être cité, c’est Guy Bourdin.

 

Le Violon d’Ingres, 1924 de Man Ray

 

Fin 2014, les clichés les plus emblématiques du photographe de mode français Guy Bourdin sont exposés à la Somerset House de Londres. Une rétrospective baptisée « Guy Bourdin: Image Maker« , qui retrace la carrière de l’artiste à travers des tirages restés jusqu’ici secrets, comme sa série pour Charles Jourdan, »Walking Legs« , publiée pour la première fois en intégralité.

A cette époque, souligne Rosetta Brooks, co-auteur de l’ouvrage que lui consacrent les éditions Gallimard : « Il devenait indispensable de court-circuiter le mode de consommation tout entier. il était plus important d’accrocher le regard papillonnant que de le conduire ailleurs; les dispositifs d’agencement de l’espace déployés par Bourdin devenaient des « piéges à regards. » La formule, est de Lacan. rappelle-t-elle. Celui là même, rappelons-le aussi… qui cachait aux regards dans son bureau le tableau « L’origine du Monde » de Courbet, autre grand metteur en scène et provocateur.
La réussite prouve la justesse du procédé, ou du moins son efficacité. Comme toute innovation trop provocante ce ne fut pas toujours évident à imposer. Philippe Garnier dans le même ouvrage rapporte cette anecdote où « Edmonde Charles-Roux accompagnera Bourdin dans la rues de Paris/…/L’artiste fit poser Sophie Litvak coiffée d’un chapeau à larges bords devant un alignement de lapins éviscérés au Marché de Buci. D’une extrême netteté, l’image réalisée sur une plaque de 25×20 cm était anarchique et agressive. Vogue la refusa. Bourdin avait cédé à son goût de la provocation et laissé s’exprimer l’élan pervers qui pouvait jaillir de son imagination. »

Walking Legs for Jourdan by Guy Bourdin

Walking Legs for Jourdan by Guy Bourdin

Walking Legs for Jourdan by Guy Bourdin

Au début de sa carrière, il a souvent été critiqué pour le caractère osé de ses photos. Les premières photos ont choqué l’opinion publique et Jourdan a reçu des lettres disant que la campagne était horrible et scandaleuse. A partir de 1967, il a produit des campagnes brillantes qui étaient très attendues par les médias.

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

 

« Il est connu pour avoir voulu assombrir l’océan d’un ton pour une photographie avec de la teinture bleue. Il n’y est jamais parvenu dans la mesure où chaque nouvelle vague diluait la couleur : mais qu’il ait tout tenté pour réaliser l’image qu’il avait en tête me sidère encore aujourd’hui. » Guy Bourdin n’avait, comme les photographes de son époque, pas véritablement droit à l’erreur, pas de Photoshop ou autre logiciel de retouche. Il était alors à la recherche de l’image parfaite.

 

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

Guy Bourdin a souvent été comparé à Helmut Newton, tous deux adeptes du luxe et de la sensualité dans un état d’esprit provocateur. Son univers très personnel est très reconnaissable. Des photographies travaillées dans le moindre détail, une mise en scène poussée, souvent morbide axé sur le «politiquement incorrecte». On aime ou on n’aime pas mais ses clichés ne laissent personne indifférent.

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

Photographe légendaire, au style reconnaissable par ses clichés troublants et mystérieux, Guy Bourdin a révolutionné l’approche de la photographie de mode, et l’image de la mode dans la publicité. Sa collaboration pour le Vogue français qui débute en 1955, avec ses séries de mode féminines, provocantes et énigmatiques, ont influencé non seulement la mode, mais de nombreux artistes contemporains. 18 ans après sa mort, le centre culturel «The Wapping Project» situé dans l’Est londonien, a exposé une série de ses clichés. L’exposition qui s’intitule Unseen Guy Bourdin, a présenté une série de 32 photographies inédites encore inconnues du public.

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

 

Guy Bourdin a particulièrement brillé pendant les années 70 et 80, grâce à un style hautement sophistiqué.
Guy Louis Banarès est né le 2 décembre 1928 au 7, rue Popincourt, à Paris. Un an plus tard, il est adopté par Maurice Desire Bourdin, qui l’élève avec sa maman Marguerite Legay. À 20 ans, il accomplit son service militaire et fait sa première expérience dans la photographie. Dès sa sortie, il laisse libre cours à son art et valse entre la photographie et la peinture.
Bourdin développe, au fil des clichés, un style marqué par le mouvement surréaliste, une des raisons pour laquelle, il a confié à Man Ray la préface du catalogue de sa première exposition de photographies, en 1952.
Au milieu des années 50, il commence à travailler pour le magazine Vogue Paris. C’est ce fameux magazine qui édite les premières photographies de mode de l’artiste, en février 1955. Le talent du photographe français est exposé aux yeux de tous.
Outre le surréalisme, son style est empreint de mystère et de provocation. Il élabore « des mises en scène hautement sophistiquées, mais qui, en plus, suggèrent une histoire, un récit d’une complexité rare. Le format de la double page, proche de l’écran de cinéma ou du « tableau d’histoire » devient le format de Bourdin, bien plus que celui de la couverture, trop étriqué et lié à des contingences commerciales. D’ailleurs il ne dit pas qu’il prend des photographies mais qu’il réalise des images « , dit de lui Michel Guerrin.
En 1967, année de naissance de son fils Samuel, Bourdin réalise la première campagne publicitaire du chausseur Charles Jourdan . Bourdin y met en exergue le côté fétichiste de la chaussure en jouant la carte du fantasme et du désir. Comme un bonheur ne vient jamais seul, les magazines Harper’s Bazaar et Photo affichent ses premières photographies éditoriales de mode qui lui valent un succès mondial.
Guy Bourdin exprime son talent dans des mises en scène riches de sens. On y voit la beauté, la sensualité, l’élégance, mais aussi le rêve, le fantasme, le sexe, ou encore l’angoisse, la solitude et la mort. On est vite troublé devant un visuel de ce photographe français à l’imagination débordante.
Les années 70 et 80 sont primordiales pour Bourdin. En effet, il collabore avec Vogue Italy, Vogue British, Vogue Hommes, et réalise des campagnes publicitaires pour Issey Miyake , Gianfranco Ferré , Versace , Loewe , et Claude Montana .
En 1981, il signe sa dernière campagne pour Charles Jourdan et collabore avec le magazine Linea Italiana. L’année suivante, il enchaîne des campagnes pour Ferré, Lancetti et Roland Pierre, puis met son talent au service d’Emanuel Ungaro dans une campagne réalisée en 1985.
Cette période est incontestablement la plus belle de toute la carrière de Bourdin, néanmoins, le photographe ne perd en rien de sa modestie, allant même jusqu’à refuser le Grand Prix National de la Photographie que veut lui remettre le Ministère de la Culture en France.
En 1987, il termine son contrat avec Vogue Paris, collabore avec le magazine The Best et réalise une campagne pour Chanel . L’année suivante, il est récompensé du Prix de la Photographie Appliquée.
Guy Bourdin s’éteint le 29 mars 1991 à l’âge de 62 ans, laissant derrière lui un héritage photographique, qui inspirera longtemps les photographes de son temps et même ceux d’aujourd’hui.

 

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

Lorsque je parle de Guy Bourdin à des amis, une photographie plus que les autres sort du lot : celle de la publicité de Charles Jourdan de 1978 paru dans Vogue où l’on voyait une femme accroupi sur une passerelle, chaussée de sandales à talon, jambe écartées…

By Guy Bourdin

Les images de Bourdin trahissent deux obsessions évidentes : le sexe et la violence. Francine Crescent, ancienne rédactrice en chef de Vogue, qualifie même l’artiste de visionnaire :

«Le travail de Guy Bourdin traite de la vie. Il savait avant tout le monde que le sexe et la violence allaient devenir les facteurs les plus importants de notre société. Mais je ne pense pas que ce qui l’intéressait, ce qu’il voulait décrire, c’était la vie.»


By Guy Bourdin


By Guy Bourdin

 

Pour coïncider avec la plus vaste exposition britannique du photographe Guy Bourdin à Somerset House, la galerie Michael Hoppen a été ravie d’exposer une sélection rare de la série Walking Legs. Dévoilée officiellement avec l’exposition de Somerset House Image Maker, Walking Legs est l’une des séries de la campagne pour Charles Jourdan les plus aimées de Bourdin. Walking Legs a été photographié en 1979 par le designer et photographe français qui a utilisé typiquement des paysages anglais comme images de fond pour sa campagne de haut niveau. Photographiées lors d’un road trip en Cadillac entre Londres et Brighton, beaucoup des scènes de ville et de bord de mer demeurent les mêmes aujourd’hui et comprennent des vues familières telles que l’arrêt de bus londonien et le banc de parc classique. Comme souvent dans le travail de Bourdin, le modèle est mystérieusement absent – tout ce qui est vu est une paire de jambes de mannequin ornée des créations de Jourdan.

 

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

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Organisée par Alistair O’Neill avec Shelly Verthime, l’exposition londonienne de 2014 In Between comprenait plus de 100 tirages d’exposition couleur des œuvres les plus significatives de Bourdin , ainsi que des œuvres précoces et tardives en noir et blanc qui servent à remettre en question la réputation de Bourdin en tant que photographe de couleur.  Avec Guy Bourdin, “celui qui regarde est la moitié de l’image”, estime Shelly Verthime, conservatrice de l’exposition présentée aux services culturels de l’ambassade de France à New York. Les compositions du photographe frôlent le surréalisme, et suggèrent une histoire qu’il appartient à chacun d’écrire. Un modèle qui pose devant des abats de lapins, une femme qui attend une cigarette à la main ; une jeune fille en cape, comme une apparition : autant d’énigmes à résoudre.. Cela a été complété par une série d’autres documents photographiques : plans uniques de test Polaroid, double mise en page d’étalement , des feuilles de contact et transparents marqués pour la composition qui a exploré l’artisanat de Bourdin comme un fabricant d’image et les processus impliqués dans la production des images surprenantes et provocateur dans un pré-ère numérique. Il a également souligné Bourdin comme un pionnier du film de mode , mettant en vedette une gamme de films Super-8 , il fait en même temps que ses sur l’emplacement des séances de photos .

By Guy Bourdin

By Guy Bourdin

Á ne pas rater: Mercredi 16 mars 2016, Paul-Emmanuel Reiffers, président et fondateur de Mazarine, présente le Studio des Acacias, un espace mythique dédié à la photographie. Le groupe de communication Mazarine a racheté cet établissement, qui semblait abandonné, en 2014. Son principal objectif est de donner une nouvelle identité à cet endroit en le transformant en un lieu d’art et d’expressions contemporaines. Le Studio des Acacias accueillera une exposition autour de Guy Bourdin du 2 avril au 30 mai prochain. – Goûts de Luxe Paris, présenté par Karine Vergniol, sur BFM Business.

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