Ex Machina (by Alex Garland)

À 26 ans, Caleb est un des plus brillants codeurs que compte BlueBook, plus important moteur de recherche Internet au monde. À ce titre, il remporte un séjour d’une semaine dans la résidence du grand patron à la montagne. Mais quand Caleb arrive dans la demeure isolée, il découvre qu’il va devoir participer à une expérience troublante : interagir avec le représentant d’une nouvelle intelligence artificielle apparaissant sous les traits d’une très jolie femme robot prénommée Ava.

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Avis Avoir-ALire : Auteur du roman La Plage qui sera adapté sur grand écran en 2000 par Danny Boyle et scénariste d’œuvres de genre chaudement recommandables, à l’image de 28 jours plus tard ou bien Sunshine, on aurait tendance à vouloir considérer Alex Garland comme le précieux sidekick du réalisateur de Trainspotting et Slumdog Millionaire. Le voir enfin voler de ses propres ailes en alliant l’écriture à la manipulation de l’image ne pouvait qu’attiser notre curiosité. Il tente le pari un brin audacieux (et donc risqué) de se lancer sur la voie d’une thématique que le genre de science-fiction s’est déjà permis d’aborder sous toutes les coutures. Qui dit intelligence artificielle dit 2001 l’odyssée de l’espace, Blade Runner, Ghost in the Shell, Terminator, A.I…et nous voilà déjà dans l’obligation de stopper le listing par manque de place. Sans afficher aucune intention de bouleverser ce thème, le souhait du cinéaste serait plutôt de le faire glisser dans l’air du temps, de façon à le rendre tout simplement en adéquation avec notre contexte technologique actuel.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

Le titre Ex Machina provient de l’expression latine « Deus Ex Machina » signifiant « Dieu issu de la machine ». Cette phrase est née dans les tragédies grecques : lorsqu’un acteur jouait Dieu, il était abaissé via une sorte de plate-forme prenant l’aspect d’une machine qui permettait de faire descendre ou monter le comédien. Ainsi, il aidait les autres personnages à résoudre les problèmes rencontrés dans la pièce, pour que la fin de l’histoire soit heureuse.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Les trois personnages principaux d’Ex Machina portent des noms faisant directement référence à la Bible. Le personnage d’Ava (Alicia Vikander) est inspiré d’Eve, celui de Domhnall Gleeson, appelé Caleb fait référence à l’un des douze explorateurs envoyés par Moïse pour découvrir la Terre Promise et pour finir, le personnage de Nathan (Oscar Isaac) fait appel à l’un des prophètes vivant à la Cour du Roi David.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina se structure en grande partie sur des questions d’éthique autour du développement de ces nouvelles intelligences artificielles robotiques toujours plus proches de l’être humain. Afin de servir son propos Garland fait interagir sous nos yeux un triangle de protagonistes d’une troublante et parfaite ambiguïté. Oscar Isaac y incarne Nathan, un nabab égocentrique qui s’impose comme une sorte d’alliage entre Pygmalion, Barbe Bleue et Mark Zuckerberg. Retranché dans un havre de paix loin de la civilisation, il fait appel à Caleb (Domhnall Gleeson), un jeune programmateur employé dans sa société informatique. Ce dernier aura pour mission de déterminer si la conscience de la dernière création de Nathan, un androïde féminin du nom d’Ava (la douce Alicia Vikander), équivaut à celle d’un être humain.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Le climat devient alors très vite pesant, au point de se demander qui teste ou manipule vraiment l’autre au sein de ce trio qui interloque. Ava se pose-t-elle comme une victime de l’ego de son créateur ? Caleb, tombé sous le charme du robot n’est-il pas finalement qu’un pion vis à vis de Nathan et Ava ? Quelles sont les véritables intentions de Nathan dans cette expérience ? Autant de questions que Garland s’amuse à bousculer dans nos têtes avec une certaine subtilité.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

D’autre part, le questionnement moral sur l’éventuel danger que représente l’introduction de ces nouvelles entités dans notre société, le sous texte sur la condition féminine et l’idée caressée de sexualité entre robots et humains permettent encore une fois d’accéder à une source de méditation passionnante en vue de la tournure que prennent les événements lors de l’épilogue. Les ambiances aménagées par la caméra du cinéaste participent elles aussi ardemment à la réussite de l’entreprise. Des discours en trompe l’œil face à de grande baies vitrées donnant sur des paysages verdoyants à l’atmosphère anxiogène des sous-sols aux longs couloirs désertés, la mise en scène soignée ne manque décidément pas de charme.

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Quant aux effets spéciaux sobres, quasi sur la retenue, ils se montrent en totale adéquation avec l’ambiance désirée. Seule la mécanique sans surprise du récit peut décevoir mais il ne s’agit là que d’un grain de sable loin de venir gripper la machine. Pour son premier essai en tant que réalisateur Alex Garland nous rend donc une copie très propre. Ex Machina est de ces œuvres dont le charme vous happe dès les premières séquences pour ne plus vous lâcher jusqu’à l’apparition du générique. Cette fable d’anticipation propice à une approche réflexive sur l’I.A, si elle manque certes un peu d’originalité, s’avère assez fine et cérébrale pour ne pas décevoir.

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Ex Machina (by Alex Garland)

 

Pour l’anecdote, le film se déroule quasiment intégralement dans la forteresse high-tech de Nathan, censée se situer au beau milieu de l’Alaska. Afin de dénicher le décor idéal, les décorateurs ont tenté de se mettre dans la tête d’un milliardaire aux ressources infinies. Ils ont vite écarté l’idée de tourner dans un château ou une villa, se disant qu’un homme de cette envergure préfèrerait posséder un paysage naturel spectaculaire puisque que cela ne ferait que donner d’avantage d’omniscience au personnage. Il fallait que l’architecture de sa maison soit moderne, unique, en symbiose avec son environnement. Finalement c’est en Norvège que l’équipe a déniché le décor idéal, dans l’hôtel Juvet.



Bande-annonce:

http://youtu.be/vH76lOXIIXM

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