avril 14

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Minor White, American photographer, theoretician, critic and educator.

Photographe américain, professeur, essayiste, critique, fondateur de la revue Aperture, son ascendant dérivait à la fois de son charisme de maître à penser, de son culte de l’art photographique, du caractère et du style de son œuvre. Né à Minneapolis (Minnesota), Minor Martin White fait des études de lettres et de sciences naturelles dans sa ville natale. Diplômé de botanique, se voulant poète, il vient à la profession de photographe avec la passion de l’amateur et l’expérience pratique de la photo scientifique.

Minor White, San Fransisco Houses, 1950

 

Minor White, Utah, 1961

 

Chargé des services photographiques de la Works Progress Administration à Portland (Oregon), puis appelé à diriger un des centres d’activités artistiques (Grand Art Center) créés par cet État, il est amené à donner des cours de photographie. C’est ainsi qu’il découvre son goût pour l’enseignement. En sept ans de métier, White a pratiqué tous les genres à l’exception du portrait et du reportage. En revanche, c’est un technicien rompu à tous les travaux de laboratoire, et un remarquable réalisateur d’expositions.

Minor White, Gloucester, Massachusetts, 1973

 

Minor White, Snow on Garage Door, Rochester, New York, 1960

 

Envoyé sur le front du Pacifique en 1942, démobilisé en 1945, il reprend sans tarder ses études d’histoire de l’art à Columbia University et travaille, sous les ordres de Beaumont Newhall, au département de la photographie du musée d’Art moderne de New York. En 1946, Minor White rencontre finalement Alfred Stieglitz, le maître qu’il admire sans jamais l’avoir approché, mais qu’il connaît par ses hauts faits : Photo Secession, Galerie « 291 », et par l’œuvre parue dans la célèbre revue Camera Work. Il diffusera la notice d’« équivalence » formulée par Stieglitz.

 

Minor White, Pennsylvania, 1955

 

Minor White, Happy Farmyard, Grande Ronde Valley, Oregon, 1941

 

Minor White jamais ne retouchait ses photographies ni au développement ni au tirage. Il ne retouchera pas plus sa vie, elle aussi « straight », directe et pure.

Minor White, West 53rd Street, New York City, 1946

 

Minor White, Farm, Grande Ronde Valley, Oregon, 1941

 

Sa première grande exposition personnelle dans laquelle il met en œuvre ses principes se situe en 1948 au musée d’art de San Francisco.

Minor White, 72 N. Union Street, Rochester, 1958

 

Minor White, Town of Alicel, Grande Ronde Valley, Oregon, 1941

 

Il sera un professeur célèbre et recherché. Ceci malgré ses étranges méthodes pédagogiques tenant plus de l’endoctrinement mystique et du yoga, que de la technique photographique. Lectures de textes de philosophie Zen, mouvements de méditation, promenades dans la nature, étaient la base de son enseignement.
Il fonde en 1952 la revue Aperture (L’ouverture en continu) qui deviendra une référence pour le monde de la photo.

 

Minor White, Church in the Sierra Foothills, 1948

 

Minor White, Rochester, 1954

 

Longtemps il accompagnera ses expositions de poèmes pour en prolonger le sens.

Lui qui entraînait ses étudiants sur le terrain en leur montrant non pas un thème, mais des exercices de mouvements de concentration spirituelle, avait une conception ésotérique de l’acte photographique :

« Votre essence propre, en vous depuis la naissance, est votre qualité intérieure. Cela est ce que vous savez de vous-même ». Muni de ce viatique il voulait photographier son essence, et au travers d’elle l’essence des choses, de la nature, des hommes. L’éphémère de la lumière, le mouvement furtif des ombres ou des vagues, le gel précaire sur les objets, tout cela participait pour lui à un vaste ordre éternel du monde, dont on ne pouvait retrouver l’origine qu’au travers de sa propre origine, de son premier visage.

Minor White, Black Sun, 1955

 

Minor White, Two Barns and Shadow, 1955

 

Il savait errer dans les paysages ou les êtres sans but déterminé, sans rien attendre qu’une sorte de grâce face à un arbre, une ombre, un être vivant. Attendre, attendre, qu’une sorte d’union se réalise, même si la photographie n’est pas prise, car seul aura compté cet instant de plongée dans l’esprit des choses.
« Quand vous vous approchez de quelque chose pour le photographier, soyez d’abord profondément calme avec vous-même, jusqu’à ce que l’objet affirme votre propre présence. Alors restez là jusqu’à ce que vous ayez réussi à capturer sa présence. ». Minor White semble mâcher et remâcher le réel pour en extraire le sens profond. L’objectif devient un piège tendre pour les présences encloses, pour les fragments de nuit, pour le balancement des arbres.
Cette captation de l’aura, de la présence invisible au-delà du réel des choses, rejoint l’art de Paul Klee qui voulait rendre visible l’invisible.

 

Minor White, Cobblestone House, 1958

 

Minor White, Ponce, Puerto Rico, 1973

 

Il a un regard poétique sur la nature qui est l’art suprême pour lui. Une branche penchée, une feuille prise dans le givre ou une flaque d’eau gelée, une prairie où ose se lever la lumière sont ses modèles. Il peut alors rester des heures devant, attendant d’être irradié par leur présence.

Minor White, Root and Frost, 1958

 

La nature avec ses formes abstraites, la texture même de ses formes l’inspire. Il ne s’agit pas de reconnaître un objet, mais une émotion, une sensation, un instant.

Ses photographies sont avant tout une narration poétique, où le silence compte plus que les mots. Le mystère de la photo s’expliquait ainsi pour lui : Ce que je suis en train de voir, n’est pas ce que j’ai vu.

Minor White, S.W. Front Street, Portland, Oregon, 1939

 

Cette recherche de l’insondable, du fugitif apparent, de l’essence réelle des choses sera sa quête. On a pu qualifier son œuvre de « rêves avec une mémoire ».

Chaque seconde de déclenchement photographique devait contenir en elle toute une vie. « Œil, réflexion, esprit » était son credo. Il se voulait devenir son propre appareil pour laisser l’objet photographié générer sa propre image. Pour cela il fallait une grande innocence de l’œil, celle d’un enfant, celle d’un adulte qui a su redevenir enfant, un regard de poète aussi.

 

Minor White, Henry Mountains, Utah, 1966

 


Source principale:

http://www.espritsnomades.com/artsplastiques/minorwhite/minorwhite.html

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