mai 17

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Playtime directed by Jacques Tati, 1967.

Des touristes américaines ont opté pour une formule de voyage grâce à laquelle elles visitent une capitale par jour. Mais arrivées à Orly, elles se rendent compte que l’aéroport est identique à tous ceux qu’elles ont déjà fréquentés. En se rendant à Paris, elles constatent également que le décor est le même que celui des autres capitales…

Le dernier-chef d’oeuvre de Jacques Tati, en 1967, est une vision prémonitoire du « village planétaire » qu’on connaît aujourd’hui. Le burlesque précis mais incroyablement allusif, jamais insistant même dans la répétition, s’allie avec une poésie rêveuse qui donne au film quelque chose de flou, de nuageux, d’un peu languissant parfois. Un charme étrange, unique, à redécouvrir.

C’est le premier film français tourné en 70 mm. Le réalisateur justifiait ainsi son choix: « C’est très simple: je ne vais pas demander à un dessinateur pourquoi il a pris une grande feuille. Si je tourne en super 8, je vais filmer une fenêtre, en 16 mm je vais en avoir quatre, en 35 mm je vais en avoir douze et en 70 mm, je vais avoir la façade d’Orly. » C’est également l’un des premiers longs-métrages français à sortir en stéréo. Malheureusement, peu de cinémas étaient équipés à la sortie du film, ce qui fait qu’il fut coupé sur les bords pour être projeté en 35mm avant d’y être adapté.

Le Paris de Playtime a été entièrement reconstitué au Bois de Vincennes sur 15 000 m² de terrain vague. Le cinéaste voulait à l’origine tourner en extérieur mais les lieux qui l’intéressaient (supermarché, aéroport d’Orly, grandes avenues) étaient impossibles à fermer pendant plusieurs mois pour les besoins du tournage : Jean Badal convainquit le réalisateur de tourner en extérieur en reconstituant les décors. Tati prévoyait de faire de ce terrain un décor pour les étudiants en cinéma après la fin du tournage. Malheureusement, la ville de Paris avait d’ores et déjà prévu d’y construire des logements : tous les décors furent détruits après le tournage. Le réalisateur, présent lors de la destruction, fit une sortie dramatique en jetant son scénario sur une façade d’immeuble juste avant que celle-ci ne soit fracassée sur le sol. Ces décors se composaient de répliques d’immeubles tout en verre et en acier, de différentes tailles pour jouer sur les effets de perspectives et possédait sa propre mini-centrale électrique, pouvant alimenter l’équivalent d’une petite commune, ainsi que son réseau d’eau et de chauffage dans les immeubles.

Après le tournage ruineux et l’échec commercial de Playtime, Jacques Tati fit faillite. Ses films furent saisis jusqu’à ce que le réalisateur trouve des partenaires financiers, en 1976. Il leur cèdera la majorité des droits, et sera contraint de procéder à des coupes sur Playtime, afin que le film dure moins de deux heures. Suite à ce film, il fut aussi forcer de vendre sa maison de Saint-Germain en Laye pour recouvrir ses nombreuses dettes. Et bien qu’il fut récompensé en festival (à Stockholm, Moscou, Paris et Vienne), il fut impossible à Tati de le rentabiliser : le tournage avait duré près de trois ans et le film fut mal distribué du fait de son format et de sa longueur inhabituel. Après cela, Tati revint un moment au music-hall et à son spectacle « Impressions sportives » avant de retourner derrière la caméra en 1969 avec Trafic.

La version restaurée en 2002 réintègre les scènes que le cinéaste avait été obligé de couper lors de la ressortie du film en 1979. Cette version amputée était jusqu’alors la seule disponible. Plusieurs plans dans lesquels apparaissent des personnages de « faux Hulot » avaient notamment été supprimés. Il faut cependant différencier les scènes coupées au montage par le cinéaste lui-même, qui avait cette vieille habitude de remonter constamment son film même après sa sortie, et les coupes qui furent faîtes sur l’image à cause de sa taille et de sa longueur : en 1979, les spectateurs n’ont pour la plupart pu voir que la moitié de l’image originale, tous les bords étant coupés pour passer le film en 35mm. Plus de 25 minutes de film sont à l’époque supprimées, d’abord par un montage coupant 15 minutes de film, puis par un second en recoupant encore 10 autres. La version finale prend en compte ses coupes et ne présente pas toutes les séquences qui furent initialement coupées.

Le personnage du président de la société est interprété par Henri Piccoli, le père du comédien Michel Piccoli. Par ailleurs, nombre des personnages du film ne sont pas des acteurs professionnels et jouent leur propre rôle, comme les plombiers du bar volant à l’aide de leur tuyau d’alcool. Quant aux touristes américaines du début du film, elles ne sont autres que les femmes des diplomates travaillant à l’ambassade américaine de Paris, donc véritablement américaines. Nombre de personnages cumulent également les casquettes : Barbara Dennek participa notamment activement aux repérages du film. Yves Barsacq, qui joue l’ami de régiment de Mr. Hulot, est aussi véritablement un vieil ami du réalisateur.

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